Thrillers Gujan-Mestras

Place du Pointon

Port de Larros

33470 GUJAN-MESTRAS

© 2015 Thrillers à Gujan-Mestras

BABLON Jacques

QUESTIONS :


Un livre ? Le convoi de l'eau. Akira Yoshimura.

Un film ou une série ? Huit et demi. Federico Fellini.

Un auteur ? Jim Harrison.

Pourquoi écrivez-vous ? J'écris par besoin d'aller voir ailleurs, pour vivre plus que le quotidien. Pour toujours être dans le désir de découvrir où je pourrais faire aller le récit. Pour jouer avec des destins qui ne me sont pas familiers en partant de mon expérience. Pour le plaisir de travailler la matière "texte", d'en chasser l'inutile, d'aller vers la fluidité.

 

 

BIOGRAPHIE :


Sa mère est née à Saint-Pétersbourg, lui à Paris en 1946. Il passe son enfance dans le 93 à taper dans un ballon sur un terrain vague triangulaire… 

Ado, il décide de devenir guitariste et de chanter du Dylan pour pouvoir draguer les filles… Mais devant le peu de succès récolté il préfère s’acheter une pile de disques (les Stones, Mozart, les Beatles et compagnie…) et un Teppaz. Plus tard l’exaltation artistique lui tombe dessus par hasard grâce à la peinture. 
Après avoir dessiné des bols, des cafetières, des pommes et des femmes nues, il devient professeur à l’École supérieur des arts appliqués. 

Parallèlement à sa carrière officielle d’enseignant heureux, il publie des BD chez Casterman et devient scénariste dialoguiste de courts et longs métrages. 

 

 

BIBLIOGRAPHIE :

 

Jaune soufre, Jigal, 2018

 

Nu couché sur fond vert, Jigal, 2017

 

Rouge écarlate, Jigal, 2016


 

 

 

UN ROMAN : Jaune soufre

 

D’un côté il y a Rafa pour qui le boulot se fait rare et qui, diplôme en poche, se voit contraint d’enchaîner des jobs merdiques. Avec sa chance insolente, il est même possible qu’une bande de cons viennent braquer la caisse de la station-service où il bosse…

De l’autre il y a Warren, parti à l’autre bout du pays sur une moto volée à la recherche d’une petite sœur qu’il n’a jamais vue…

Elle, c’est Marisa, une forte tête n’ayant que moyennement confiance en l’homme, et qui après avoir incendié un dépôt de nourriture et tenté d’empoisonner les animaux du zoo, ne compte vraiment pas s’embarrasser d’un frère dont elle n’a rien à faire !

Une mère excessive d’un côté, un père tué par balle de l’autre, un pactole qui tombe du ciel, un assassin qui court toujours… Tout est apparemment là pour que les retrouvailles n’aient rien d’un conte de fées et se règlent à coups de flingues…

L'avis de Quatre Sans Quatre 

http://quatresansquatre.com/article/chronique-livre-jaune-soufre-de-jacques-bablon-1523538044

Plus avare de mots, tu meurs !Bablon, y a plus que les articles et les virgules qu'il peut économiser pour tenter d'égaler le record de parcimonie que constitue Jaune soufre. Il a dégraissé son texte jusqu'à l'os, à n'en plus livrer que l'essence, l'huile essentielle. Mais quel parfum ! La mécanique à nue tourne comme une horloge helvète et assène par des phrases réduites à la portion congrue de solides uppercuts, aucunement amortis par les fanfreluches de compléments et autres fariboles. Sonné, du début à la fin, le lecteur ne peut que se laisser frapper, encore et encore, par la justesse de la prose et l'implacable histoire qu'elle raconte.

Un accouchement, un meurtre, on se dit que le compte est bon, que les compteurs sont remis à zéro, macchabée contre nouveau-né, le bilan est équilibré. Une sorte d'opération blanche, comme disent les banquiers qui nous si chers. Seulement voilà, il est des cadavres qui prennent de l'importance avec le temps, surtout lorsque que celui-ci a des enfants qui grandissent mal, et des nouveaux-nés, prenant de l'âge également, qui n'ont pas que de bonnes idées.

Le nouveau-né, c'est Rafa, Rafa tout court, pas un diminutif, ainsi en a décidé Caroline, sa mère, une puncheuse sur le ring et maman-aigle le reste du temps. Warren et Marisa sont les enfants du mort, séparés depuis le drame, jusqu'à ce que Warren ait l'idée saugrenue de renouer les liens familiaux. Comme on est dans un polar qui sait ce qu'est la nature humaine, un gros tas de pognon va venir mettre un peu de piment dans une sauce déjà pas mal épicée puisque, afin de ressouder la famille, le frangin et la sœur ne trouvent rien de mieux que de se lancer dans une vendetta contre l'assassin de leur père. De quoi largement tisser un joli scénario pour losers associés et malin et demi, dans lequel Rafa va venir jouer les trouble-fêtes.

Poursuites, planques, rebondissements, humour, du plaisir brut de brut tout au long de ce romanqui va à l'essentiel avec une efficacité confondante. Un choix du mot méticuleux et d'une économie de moyens n'est pas celui du moindre effort du travail : un style aussi frugal demande sans doute une débauche de travail pour parvenir à un résultat aussi sensationnel. Jaune soufre est un morceau de rock qui vous explose au visage, dépouillé des soli et autres arrangements, il vous interdit de lâcher l'histoire pour une quelconque rêverie. Happés par l'intrigue, rien ne vient troubler le lecteur lorsqu'il suit les tribulations de Rafa, les tentatives maladroites de Warren pour être admis par sa sœur et autres déconvenues qui ne manquent pas de lui advenir.

Le dépouillement n'empêche en aucun cas d'aller au fond des personnages, d'en exprimer les tréfonds de l'âme avec acuité. Jacques Bablon excelle à leur donner vie et à les faire évoluer au milieu d'une forêt défrichée des broussailles qui souvent brouillent la vue.

Du polar qui tache, comme on aime, âpre, solide, essentiel !