Thrillers Gujan-Mestras

Place du Pointon

Port de Larros

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VIEGAS Francisco José

 

 

 

BIOGRAPHIE :

 

 

Né en 1962, Francisco José Viegas est écrivain, critique et journaliste.
Il a dirigé, pendant treize ans (entre 1987 et 2000), la revue Ler (Lire), l'unique revue portugaise consacrée aux livres. Il a collaboré à plusieurs journaux et revues, et écrit pour eux: Diário de Notícias, Semanário, O Independente, O Jornal, Visão.
Il a été l'auteur et le présentateur de plusieurs programmes sur les livres, pour la télévision et la radio. 
Il anime actuellement, au Portugal, un programme de télévision (“Livro Aberto”) et un programme de radio (Escrita em Dia).
Il a publié des ouvrages de poésie, romans, histoires courtes, une pièce de théâtre (1988) et de récits de voyage. En 2005 son roman policier "Longe de Manaus" a obtenu le grand prix de l'association portugaise des écrivains.

 

 

BIBLIOGRAPHIE :

 

Le collectionneur d'herbe, Mirobole, 2018

 

Un ciel trop bleu, Albin Michel, 2006

 

Les deux eaux de la mer, Albin Michel, 2005
 

 

QUESTIONS :

 

Un livre ? “Os Maias”, de Eça de Queiroz [“Les Maia”] et un polar : “The Lady in the Lake”, de Raymond Chandler [“La Dame du Lac”].

 

Un film ou une série ?“Amarcord”, de Federico Fellini.

 

Un auteur ? John Le Carré. Jorge Luis Borges.

 

 

Pourquoi écrivez-vous ? Pour éloigner la peur, parce que j’aime imaginer la vie des autres – et parce que je ne sais pas jouer du saxophone.

 

P. S. Bien sûr, je peux remplacer Eça de Queiroz par le Comte de Monte-Cristo, ou par Tristram Shandy, ou par Don Quichotte.

 

UN ROMAN :

 

Avant d'être une collection d'herbe de provenances variées, ce polar s'ouvre sur une collection de cadavres, pas jolis à voir, abandonnés dans une voiture. Deux Russes, immigrés au Portugal, d'anciens militaires, vétérans d'Afghanistan, de Guinée-Bissau et d'Angola, oeuvrant officiellement dans la construction immobilière et, accessoirement, dans la livraison de boissons alcoolisées aux boîtes de nuit de Porto. Bref, des petits trafiquants, en apparence, mais tout laisse à penser que leurs activités dépassaient ce cadre un peu minable. Un corps de femme est également retrouvé, assassinée avec la même arme à feu, une Africaine qui donnera plus de fil à retordre en ce qui concerne son identification.

Le chef de la brigade criminelle, Jaime Ramos, s'empare de l'affaire, assisté de son fidèle second Isaltino, des inspecteurs Corsario et Olivia. Isaltino se comporte comme une sorte de faire-valoir perpétuel de son patron. Il pense comme lui, pose les questions que doit se poser Ramos, un écho indispensable et gratifiant à ses réflexions. Un fonctionnaire terne mais très efficace qui s'est choisi lui-même ce rôle dans l'ombre de Ramos. Et puis il y a Porto, leur ville, personnage à part entière, énigmatique, emplie d'un passé riche et d'un présent chaotique parfois mais que le flic adore plus que tout.

Le flic en chef pense beaucoup, évoque sans cesse, digresse avec applicationsur son propre passé communiste, ses livres qu'il ne lit que l'hiver, ses amours, son parcours militaire dans les anciennes colonies portugaises et, bien sûr, la Révolution des oeillets. Il est habité de la nostalgie prégnante de ceux qui ont vécu, espéré, se sont battus dans des conditions difficiles. Même si sa tâche est déjà compliquée avec ces trois victimes auxquelles vient rapidement s'ajouter une quatrième, Ramos doit accepter de détacher un membre de son équipe, l'inspectrice Olivia afin de rechercher la fille d'un riche industriel, Luis Ferreira Vasconcelos, travaillant dans la prospection pétrolière, qui a disparu.

Le vieil entrepreneur est atteint de la maladie d'Alzheimer, mais ses fils ont repris la société et possèdent des contacts jusque dans le gouvernement. Ramos consent, face à l'insistance de son supérieur, à une enquête parallèle non officielle. Vous vous doutez bien que la jeune fille volatilisée et la tuerie du tout début vont se rejoindre au cours des investigations digressives de Jaime Ramos. Pour relier tous ces éléments, toutes ces histoires différentes, l'auteur a créé un fil rouge, un personnage énigmatique, ingénieur travaillant pour Vasconcelos, Miguel dos Santos Povoa, collectionneur d'herbe de tous les pays, des variétés les plus rares provenant des multiples pays où il analyse des échantillons de forage. C'est lui qui va entraîner l'histoire au Brésil, en Angola, au Cap-Vert, en Guinée-Bissau, autant de voyages ponctués de la découverte de nouvelles espèces de marijuana et d'autres projets moins avouables... Lui et la mémoire des autres protagonistes.

Le cheminement de l'enquête est complexe, tortueux, enveloppé des volutes d'herbe, nimbé de poésie et de saudade - cette nostalgie particulière, propre aux Portugais. La nostalgie de ce qui aurait pu être - sans pour autant éviter celle de ce qui a été. Chaque avancée est prétexte pour le commissaire à une visite de sa propre vie, pour ses adjoints tout autant, de même que pour les victimes. Au sortir du roman, le lecteur a une vision holistique de tous les événements et de tous les intervenants du dossier.

L'accumulation d'argent, le goût du pouvoir, les machinations financières, les paradis fiscaux, l'immigration russe au Portugal, la décolonisation violente en Afrique, tous ces aspects qui ont construit le pays ces dernières décennies sont abordés dans Le collectionneur d'herbe. À son rythme, sans trépidations inutiles, aux détours du sentier de la pensée de Jaime Ramos, dans les recoins de sa vie ou de celles des victimes. Un roman global, riche, enrichissant, peuplé de destins complexes.

L'écriture est belle comme un blues du Delta joué au crépuscule sur une plage, les mots glissent et bruissent tels les doigts sur les cordes et emportent l'esprit dans les déambulations des personnages, faisant finalement passé l'intrigue en elle-même au second plan. La solution tombe comme un fruit mûr, conclusion logique d'un fado réaliste et profond, lorsque toutes les pistes et leurs genèses ont été explorées jusqu'au moindre caillou. Le passé revisité se masque souvent de fumée, c'est ce qui arrive dans ce récit langoureux, parfois malicieux et amoureux.

Un superbe polar, nostalgique, humaniste, aux personnages fouillés et vrais, une balade dans le Portugal des 50 dernières années et ses difficultés d'aujourd'hui...

L'avis de Quatre Sans Quatre du 8/05/2018